Tenir le rocher de Sisyphe en place: L’Operation Outreach et la mobilisation des communautés gais et lesbiennes dans le nord ontarien

Au mois de mars dernier, j’avais le plaisir d’être invité par la Société historique du nouvel-Ontario (SHNO) afin de pouvoir présenter une partie de ma recherche. Au début, j’avais entièrement l’intention de parler de la relation entre les syndicats et les mouvements gais et lesbiennes du nord, mais comme ma recherche touche très peu sur cette région, et comme les mois précédent la présentation étaient en partie occupée par la préparation pour la grève du SCFP 3903 à l’Université York, j’avais décidé au-lieu de me concentrer sur un événement particulier qui avait eu lieu en 1980 : l’Operation Outreach. Ci-dessous, vous trouverez le texte de ma présentation (avec quelques petites corrections). Le présentation avait originalement comme titre « Au travail et dans la communauté : les droits des gais et lesbiennes, les syndicats et les communautés nord-ontariennes, » mais étant donnée de la concentration sur l’Operation Outreach, je vous la présente ici avec un nouveau titre.

An english-language version of this text is available here.

Bonsoir. J’avais l’intention ce soir de vous présenter deux mini-présentations : une sur ma recherche sur les syndicats, et l’autre sur une série de visites effectués en 1980 par un militant gai torontois, Robin Hardy. C’était mon intention. Mais quand je me suis finalement mis à préparer le texte de ma présentation, je me suis vite rendu compte que j’en avais beaucoup à dire au sujet des réunions que Hardy avait organisé dans le nord. Alors, au lieu de parler du mouvement syndical, ma présentation portera plutôt sur la visite de Hardy et des communautés gais et lesbiennes nord-ontariennes pendant les années 1970 et 1980.

Le mouvement gai et lesbienne des années 1970

Avant de vous parler de Robin Hardy et des réunions qu’il avait organisés en 1980, je vais parler brièvement du mouvement gai et lesbienne des années 1970, simplement pour vous donner un peu de contexte. Le mouvement pour les droits des gais et lesbiennes en Ontario date de la fin des années 1960. C’est à Toronto, en octobre 1969, que la première rencontre du premier groupe homophile ontarien a eu lieu. Le University of Toronto Homophile Association se donne tout de suite comme mission d’informer le publique sur l’homosexualité. L’utilisation du mot ‘homophile’ au-lieu d’homosexuel était important. Malgré le fait que l’homosexualité venait tout juste d’être décriminaliser quelques mois auparavant, l’homosexualité était toujours très mal compris, et ceux qui s’identifiaient en tant que gai ou lesbienne, ou même qu’on soupçonnaient de l’être, risquaient de perdre leur emploi et leur logement. Le mot ‘homophile’ indiquait qu’une personne était intéressé par la question de l’homosexualité sans être eux même homosexuel. L’utilisation était un moyen de se protéger contre la discrimination homophobe. En réalité, les membres des groups homophiles étaient presque tous gai ou lesbienne.

Presqu’aussitôt que le groupe s’est formé à l’Université de Toronto, des groupes ont commencés à apparaitre ailleurs à Toronto et autour de la province. À la fin de 1971, deux ans après la formation du groupe à l’Université de Toronto, plusieurs groupes dans aux moins sept villes se sont formés. Il y en avait à Toronto, London, Waterloo, Guelph, Hamilton, Ottawa, et Windsor. On ne pouvait plus parler d’un seul groupe homophile, mais d’un mouvement de libération gai et lesbienne.

Le mouvement s’intéressait toujours à informer le publique sur l’homosexualité, mais sa première priorité est vite devenu la lutte contre la discrimination homophobe. L’éducation était bien sûr toujours une priorité, mais au lieu de se concentrer sur l’organisation de groupes de discussions, ils organisaient au lieu des manifestations. La première grande manifestation publique du mouvement de libération gai et lesbienne a eu lieu à Ottawa au mois d’août 1971. La manifestation, qu’on appelle aujourd’hui la manifestation We Demand, ou « Nous exigeons, » inspiré du titre de la déclaration lu lors de la manifestation.

Manifestation We Demand/Nous exigeons. 28 août, 1971 (Ottawa),

Manifestation We Demand/Nous exigeons. 28 août, 1971 (Ottawa),

La manifestation a rassemblé près de 200 personnes dans la pluie sur la colline parlementaire. Les manifestants et manifestantes ont lu une liste de dix demandes, dont la majorité exigeait que le gouvernement prenne action afin de mettre fin à la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle. Après la manifestation, l’attention du mouvement s’est tournée vers la lutte contre la discrimination et le manque de protection légale contre l’homophobie. Ils ont lancés une campagne visant à convaincre le gouvernement provinciale à faire de l’orientation sexuelle une catégorie protégée dans le Code des droits de la personne de l’Ontario, un but qu’ils ont finalement réussi à accomplir en 1986.

Au cours des années 1970, le mouvement gai et lesbienne s’est a subi des victoires et des défaites, mais ils ont persistés et se sont établis dans plusieurs villes de la province. Malgré ça, le mouvement avait presqu’aucune présence dans le nord de la province. La Coalition des droits de l’homosexuel en Ontario, l’organisation qui rassemblaient la plupart des groupes gais de la province, avait des membres dans le nord, mais il n’y avait pas de groupes, pas d’organisations pour leur donner une présence publique et visible.

Il y avait eu, par contre, quelques tentatives de former des groupes. Par exemple, en ’72 ou ’73, un groupe d’amis ont formés le Gay Alliance of Sudbury. Le groupe avait un local et a tenté de servir de centre social, mais a dû cesser ses activités après très peu de temps. Selon Tom Warner, un militant gai de longue date et historien du mouvement gai Canadien, le groupe a cesser ses activités parce qu’il y avait peu d’intérêt parmi les jeunes gais et les lesbiennes de Sudbury. Il y aussi eu beaucoup d’activités à Thunder Bay où en 1974, le groupe Lakehead Gay Liberation s’était formé suivant une visite par Jearld Moldenhauer, un militant gai torontois et un des fondateurs du groupe University of Toronto Homophile Association. Le groupe a malheureusement eu un très courte vie. Le groupe a dû mettre fin à ses activités l’année suivante lorsque la majorité de ses membres ont gradués et ont quittés Thunder Bay pour Toronto. La migration des gais et lesbiennes vers des centres urbains n’était pas non plus un phénomène unique à Thunder Bay ou le nord. C’est un phénomène qui continue même aujourd’hui, question de pouvoir sortir de l’isolement et trouver une communauté des gens semblables. C’est souvent plus facile de trouver des gens semblables là où il y a plus de personnes.

Encore à Thunder Bay, il y avait aussi à Thunder Bay le Backstreet Athletic Club, qui a vu le jour en 1974 ou 1975. Le club a servi de lieu de rencontre pour la communauté gai et lesbienne de la région. En fait, en 1979, un groupe composé de gai et lesbienne s’appelant le Backstreet Auxiliary s’est formé à Thunder Bay. Leurs rencontres avaient lieu dans le club.

Operation Outreach

Malgré ces tentatives, à la fin des années 1970, la présence du mouvement gai et lesbienne était très minime dans le nord ontarien. Alors la CDHO s’est mis à organiser une tournée, et à envoyer un de ses militants dans quelques villes du nord. Ils ont choisis Robin Hardy.

Robin Hardy (photo: http://www.rbebout.com/)

Robin Hardy (photo: http://www.rbebout.com/)

Hardy était originaire de Halifax, mais a grandi à Winnipeg avant de se rendre à Toronto. Il s’est impliqué dans le mouvement gai et lesbienne. Il était journaliste pour The Body Politic, un journal gai torontois. Il était aussi le premier employé de la CDHO. En 1984, il a quitté Toronto pour New York, où il s’est mis à travailler dans l’industrie littéraire. Il a écrit plusieurs livres, mais le seul à être publié sous son nom au lieu d’un nom de plume était Call of the Wendigo, un livre d’horreur. En 1993, il s’est installé à Tucson en Arizona où il est décédé suite à un accident deux ans plus tard.

La tournée, qu’ils ont baptisés Operation Outreach, l’a amené à visiter au moins trois villes : Thunder Bay, Sault Ste Marie, et bien sûr Sudbury. Il avait aussi tenté de visiter Hearst et North Bay, mais sans succès. Je vous parlerai de la raison pour laquelle il n’a pas pu visiter Hearst un peu plus tard, mais dans le cas de North Bay, c’est possible qu’il avait eu la chance de rencontrer du monde de North Bay lors de sa visite à Sudbury.

Le Operation Outreach avait pour but d’envoyer Hardy dans quelques villes du nord afin d’organiser des réunions et des partys où il aurait la chance de rencontrer des membres des communautés gais et lesbiennes, mais aussi leur donné des pamphlets et de voir ce que la CDHO et les groupes ailleurs dans la province pouvait faire pour les aider à former leur propres groupes. L’idée était de les aider à former leur propres groupes afin de donner au mouvement gai et lesbienne une présence visible dans le nord ontarien.

Dès son retour à Toronto, Hardy a composé une série de rapports où il détaillait ses visites, ses impressions des villes qu’il avait visitées et des personnes qu’il avait rencontrées. Ses rapports sont une source très intéressante parce non seulement parce qu’ils nous offrent non seulement des détails de la vie gai et lesbienne dans le nord de la province, mais aussi une idée de la façon dont le mouvement dans le sud de la province voyait le nord.

En lisant ses rapports, j’ai tout de suite eu l’impression de lire les récits d’un missionnaire partie évangéliser dans un pays étranger. Hardy a écrit que dans le cours de son voyage, il pensait souvent à deux histoires.

Sisyphe

Sisyphe

La première est le mythe de Sisyphe, le roi grec condamné à faire rouler une un rocher en haut d’une colline éternellement, juste pour être obligé de voir le rocher redescendre la colline à chaque fois. L’autre histoire à laquelle il a pensé était une histoire de science-fiction dans laquelle il y avait une planète où le passage du temps changeait d’une latitude à une autre. Alors, sur cette planète, on pouvait visiter une région de la planète et y passer 20 ans, pour ensuite retourner chez nous et découvrir que nous étions partis pour seulement deux semaines.

Ces histoires ne nous laissent pas avec une image positive du nord ontarien. Comme Sisyphe, Hardy avait l’impression de transporter un rocher en haut d’une colline, un effort inutile. Et comme la planète où le temps changeait, Hardy avait précisé dans son rapport avoir l’impression de visiter une époque avant la décriminalisation de l’homosexualité, où les gais et lesbiennes étaient cachées, isolées, et fragmentées.
Il ne nous a pas laissé avec une impression positive du nord. Malgré ses impressions, les rapports à Hardy parlent de communautés gais et lesbiennes qui existaient à leur propre rythme. Elles étaient différentes et moins publiques que celles à Toronto, mais elles existaient. C’est un peu de ça que je vais vous parler. Je vais vous parler de ce qu’on peut apprendre de la vie gai et lesbienne dans le nord ontarien pendant cette époque, la façon dont ils organisaient leurs vies privés, leurs vies sociales, leurs vies professionnelles, et leurs vies sexuelles. Et bien sûr, je vous parlerai aussi du travail que Hardy a fait ici à Sudbury.

Espaces et sociaux et sexuelles queer dans le nord

Comme j’ai mentionné au début de ma présentation, le mouvement gai et lesbienne avait très peu, ou pas du tout de présence dans le nord ontarien en 1980. Mais malgré cette absence, il y avait des communautés gais et lesbiennes actives. Les gens qui s’identifiaient en tant que gai, lesbienne, et aussi bisexuelle savaient comment se retrouver et comment créer leur propres réseaux sociaux. Quelques villes avaient des bars qui étaient soit exclusivement gai et lesbienne, ou qui avait la réputation d’être fréquentés par une clientèle gai et lesbienne.

Les bars servaient souvent de centre sociaux pour les communautés gais et lesbiennes dans les centres urbains comme dans les régions moins populeuses. Les bars n’étaient pas toujours exclusivement gai. Certains endroits servaient une clientèle gai sans s’afficher comme étant un bar exclusivement gai. Par exemple, à Thunder Bay, il y avait le Mona Lisa, un bar qui, entre 1972 et 1978, servait une clientèle gai et lesbienne. A Sudbury, l’hôtel Nickel Range était fréquenté par des gais, des lesbiennes, du monde transgenre, mais aussi de vendeurs de drogues et des motards.

Hotel Nickel Range, Sudbury (source: https://www.flickr.com)

Hotel Nickel Range, Sudbury (source: https://www.flickr.com)

Les bars dans les hôtels offraient parfois plus d’opportunités que les autres bars. Hardy nous a parlé dans son rapport d’avoir visité un grand nombre de Holiday Inns pendant sa tournée. Une des raisons étant que les personnes qui visitaient une ville, souvent pour le travail, pouvait profiter de l’occasion pour avoir des rencontres sexuels qu’ils ne pouvaient pas toujours avoir chez eux, soit parce qu’ils étaient mariés ou avait peur de se faire reconnaître. Pour des gens qui n’étaient pas ouvertement gai, un emploi qui t’obligeait de voyager offrait souvent la possibilité de faire des rencontres anonymes à de nouveaux endroits, tout en minimisant le risque à sa réputation ou son emploi. Alors, mêmes s’ils ne servaient pas uniquement une clientèle homosexuelle, les bars dans les hôtels, et les bars en générales, pouvaient être utilisés par des individus cherchant des rencontres intimes et sociales avec des personnes du même sexe.

Malgré tout ça, il ne faut pas oublier que les bars étaient toujours des endroits publics. Pour certaine personnes, se faire découvrir pouvait entraîner une perte d’emploi, de logement, et une perte des relations amicales et familiales. C’était surtout le cas avant 1986, l’année où le gouvernement ontarien a passé une loi interdisant la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle. Alors pour eux, chercher à faire des rencontres ou à socialiser avec d’autres individus gais et lesbiennes dans un bar n’était simplement pas une option. Dans ces cas, ils pouvaient soit fréquenter un bar dans une autre ville, ce qui était possible, mais pas toujours pratique, ou se former des réseaux sociaux plus privés.

Pour ceux et celles ayant les moyens de se le permettre, accueillir des amis chez eux pour une soirée offrait beaucoup plus de sécurité qu’une soirée au bar. C’était une tactique populaire parmi les fonctionnaires du gouvernement fédérale à Ottawa où, à partir des années 1950, la GRC surveillait les bars afin d’identifier et de congédier des fonctionnaires gais ou lesbiennes. En raison de leur besoin de sécurité, ces réseaux étaient souvent très privés, et avoir accès à ses soirées pouvaient être très difficile.

Les réseaux privés pouvaient poser un défi pour les militants et militantes qui cherchaient à construire un mouvement publique. Ces réseaux privés sont aussi la raison pour laquelle Robin Hardy n’a pas pu organiser une réunion à Hearst en 1980. Avant de quitter Toronto, Hardy et la CDHO ont pu se faire un contacte à Hearst. Hardy lui avait demandé s’il pouvait trouver des personnes qui seraient intéressés à assister à une réunion. Après avoir tenté de trouver du monde, leur contacte a finalement abandonné sa mission. Selon lui, il y avait d’autres gais à Hearst, mais il n’avait pas encore réussi à avoir accès à leur réseau. Alors on voit à quel point ces réseaux pouvaient être efficaces, mais aussi à quel point qu’ils pouvaient servir d’obstacle aux militants et militantes qui cherchaient à mobiliser les communautés gais et lesbiennes.

Par contre, ces réseaux pouvaient aussi être utiles au mouvement. Par exemple, dans un de ses rapports, Hardy explique qu’il avait rencontré du monde de Sault Ste Marie lors de sa visite à Sudbury. Selon lui, malgré le manque d’un club ou une organisation gai à Sault Ste Marie, la communauté gai vivaient des partys privés organisés par un homme qui s’appelait Bob Goderre, ou comme on l’appelait à Sault Ste Marie, Mother Goderre, ou mère Goderre. Ses partys privés étaient tellement bien connus, qu’un grand nombre d’Américains venaient des États-Unis pour fêter avec lui. Dans son cas, le réseau était un peu plus ouvert qu’à Hearst, mais on voit qu’il a toujours été utile dans le développement d’une communauté gai à Sault Ste Marie, et qu’il a aussi été utile quant à mettre Hardy en contact avec des gens de cette région.

Mobiliser les communautés gais et lesbiennes à Sudbury

Sudbury était une des premières villes que Hardy a visitée au printemps de 1980. Il n’a pas eu trop de difficultés à se faire des contacts, surtout à l’Université Laurentienne. Une de ses camarades du mouvement gai et lesbien, Chris Bearchell, enseignait un cours à Laurentienne dans le département des études des femmes. Bearchell a aidé Hardy à identifier des personnes qui seraient intéressé à assister à sa réunion. Bearchell, avec l’aide d’un autre membre du département, a pu arranger pour Hardy des entrevues à la radio et à la télévision. Ils l’ont aussi invité à parler dans quelques cours à l’université. Alors Sudbury a été très accueillant et Hardy a été très bien reçu.

Malgré l’accueil très chaleureuse à l’Université, mobiliser au sein de la communauté était toute une autre histoire. Sudbury n’avait pas de groupe social ou groupe politique gai et lesbienne sur lesquels Hardy pouvait se fier pour mobiliser les gens de Sudbury. Alors Hardy a dû se mettre à les trouver lui-même.

Un de ses contacts à Laurentienne l’a mis en contact avec deux hommes, dont un travailait chez Inco et l’autre dans un magasin de détail. Ses rapports nous en disent pas grand choses à leur sujet, mais ce qu’il nous disent est tout de même intéressant et révélateur de la vie gai, et aussi lesbienne à Sudbury à cette époque.

Selon Hardy, l’homme qui travaillait chez Inco était aussi propriétaire d’une boutique de linge pour femmes. Il était ouvertement gai au travail dans la mine, où il s’était aussi chargé d’organiser les partys de noel. Il s’était chargé d’organiser les partys de noel pour la simple raison que, selon lui, ses collègues étaient trop « butch » et macho pour pouvoir organiser un bon party. Hardy mentionne aussi dans son rapport avoir appris de cet homme qu’on avait découvert deux hommes en train d’avoir des relations sexuelles dans la mine. Heureusement pour eux, la seule discipline qu’ils avait à subir était une changement d’horaire pour les empêcher de travailler ensemble.

Hardy n’a pas précisé si l’homme qui travaillait dans le magasin de détail était ouvertement gai au travail ou non, mais il a mentionné qu’il semblait être populaire. Lorsque Hardy est allé le voir au travail, des hommes sont venus le voir et lui parler à plusieurs reprises. Selon Hardy, c’était dû en partie au fait que la toilette publique dans le magasin était un endroit où des hommes à la recherche d’une rencontre intime avec des autres hommes allaient cruiser.

Comme les bars, certains endroits publiques offraient des opportunités sexuelles aux personnes cherchant des rencontres intimes avec des personnes du même sexe, et c’était presque toujours des hommes. Ces endroits pouvaient aussi jour un rôle important dans la vie des communautés gais et dans la vie des individus qui tentaient s’explorer et de développer leur identité sexuelle. Alors, dans ce sens, c’était un endroit important pour le mouvement de libération gai parce que pour beaucoup de personnes, s’était un des seuls endroits où on pouvait explorer sa sexualité. C’était aussi très illégal et alors très dangereux.

Alors comme les bars et les partys privés, les toilettes publiques étaient un lieu, disons de socialisation homosexuelle. Et juste comme les bars et les partys privés, Hardy s’est assuré d’inclure les toilettes publiques dans sa stratégie de recrutement. La seule toilette publique dont il a parlé dans son rapport est une des toilettes publiques à Sudbury.

Hardy a décrit sa stratégie dans un de ses rapports et elle était bien simple. Il se présentait dans un lieu publique où il y avait des toilettes pas loin, comme un centre d’achat, et s’assurait d’avoir l’air très séducteur. Une fois qu’il avait réussi à attirer l’attention d’un homme, il le prenait de côté et lui disait « On se voit à la réunion demain. »

La seule histoire qu’il nous avait détaillé dans son rapport s’était passé à Sudbury. Il a écrit qu’il avait rencontré un jeune homme de 17 ans dans une toilette publique. Le jeune homme, selon Hardy, cruisait les toilettes depuis l’âge de 13 ans. Hardy lui a montré des pamphlets et une copie du journal gai The Body Politc.

The Body Politic (Mars 1980) (source: http://www.uwo.ca/pridelib/)

The Body Politic (Mars 1980) (source: http://www.uwo.ca/pridelib/)

Comme par hasard, le numéro du mois de mars 1980, alors le mois où Hardy était à Sudbury, portait sur les arrestations dans les toilettes publiques à Toronto. Peu importe, le jeune homme était très impressionné par les pamphlets et était ravi de voir qu’il y avait des groupes et des communautés gais de ce type à Toronto.

Mais la façon dont le jeune homme a réagis a aussi dérangé Hardy. Après avoir jeté un coup d’œil sur le pamphlet et le journal, le jeune s’est tourné vers Hardy et lui a demandé s’ils avaient identifié la cause de l’homosexualité, et s’il y avait façon de le guérir. Pour Hardy c’était un moment difficile mais aussi un rappel de l’importance de ce qu’il faisait. Il a écrit que le but ultime du mouvement de libération gai et lesbienne était de créer un monde où l’on pouvait vivre parmi des gens qui étaient libérée des stéréotypes sexuels. Pour ce faire, il fallait s’assurer que chaque personne avait la chance d’explorer et de développer leur propre sexualité dans un contexte et un environnement positif. Malgré le fait que le jeune homme avait réussi à se trouver un moyen de développer et explorer sa sexualité, même si ce n’était pas toujours dans un environnement positif, le fait que sa première réaction était de vouloir savoir s’il y avait moyen de guérir son homosexualité était preuve pour Hardy qu’il restait encore beaucoup de travail à faire, et pas seulement à Sudbury, mais partout.

A la fin de compte, quatre personnes s’étaient présentés à la réunion de Hardy, mais pour lui c’était un succès. Il n’a pas réussi non plus à assister à la formation d’un groupe officielle à Sudbury, mais à la fin de sa visite, il a quitté avec au moins six contactes qui pourrais servir comme point de départ à partir duquel Sudbury pourrait ensuite former un groupe local.

Ses impression de Sudbury étaient que la ville était prête accueillir une organisation gai et lesbienne, mais qu’il manquait un ingrédient clé : l’initiative.

Ce n’était pas non plus la seule visite que Hardy a fait à fait à Sudbury. Avant de quitter, il s’est assuré de réserver le théâtre La Slague pour une soirée afin de faire la projection d’un film. Il est revenu soit au mois de mai ou juin pour la projection, qui au lieu d’être événement isolé, s’est déroulé dans le cadre d’une festival gai que des gens à Sudbury avait organisé. Je suis pas certain qui avait organisé le festival, mais un article dans le journal Body Politic du mois de septembre 1980 indiquait qu’un groupe, le Gay Association of Sudbury a vu le jour pas longtemps après la visite de Hardy, alors c’est possible que c’était eux qui avait organisé le festival. Alors évidemment, Sudbury avait trouvé le leadership et l’initiative que Hardy croyait manquait dans la ville.

Sudbury n’était pas la seule ville à se mobiliser dans les semaines suivants la visite de Hardy. À Thunder Bay le groupe Gays of Thunder Bay a vu le jour presque le lendemain de la visite de Hardy. Gays of Thunder Bay a connu une longue vie. Les activités du groupe ont continués jusqu’en 1993.

Plus près de Sudbury, des groupes ont aussi commencé à se former à North Bay. En 1988, la ville avait vu la formation et la transformation de groupes tel que Chanby (la Caring Homosexual Association of North Bay), le Gay and Lesbian Fellowship of North Bay, et finalement le groupe Gay Nipissing. Le groupe Gay Nipissing organisait des réunions, des projections de film, publiait un bulletin et avait une ligne téléphonique qu’on pouvait appeler si on était en détresse.

Conclusion

Alors qu’est-ce qu’on peut faire de tout ça? Le nord-ontarien à la fin des années 1970 était un endroit où il y avait très peu de ressources pour les gais et lesbiennes et tous ceux et celles qui questionnait leur identité sexuelle. Quand Hardy est retourné à Toronto, il avait un peu une attitude pessimiste face à la possibilité que les communautés nord-ontariennes donnent au mouvement gai et lesbienne une présence dans leur région.

Il s’imaginait comme Sisyphe, éternellement condamné à faire rouler un rocher en haut d’une colline, juste à la voir redescendre à chaque fois, l’obligeant à recommencer. Mais en fin de compte, les villes comme Thunder Bay, Sudbury, et North Bay n’étaient pas des cas perdus. Ces villes avaient déjà leurs propres communautés gaies et lesbiennes, avec leurs propres institutions et leurs propres cultures. Sisyphe était peut être condamné à faire rouler le rocher en haut de la colline, mais il a juste eu à le faire une fois. Parce qu’au sommet de la colline il y avait déjà des personnes prêtes à prendre le rocher et à le tenir en place.

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